TOUTE CETTE VIE N’EST QUE FRUSTRATION

Quand Delvine a commencé à avoir des effets secondaires de son traitement, elle était frustrée.

Frustrée parce que son corps n’obéissait plus comme il avait toujours réagit.

Elle voulait, elle faisait et ca se passait bien dans l’immense majorité des cas.

Mais là, son corps lui jouait des siennes.

Tantôt, elle était fatiguée, manquait d’énergie. Elle était obligé de faire des siestes alors qu’elle n’avait jamais eu besoin d’en faire.

Parfois, des efforts anodins devenaient très difficiles comme trouver ses mots.

Je lui ai donc partagé ce que je pense vivre depuis toujours : La frustration.

Quand j’étais enfant, je pensais devenir champion d’athlétisme.

La nouvelle loco de Waco, c’était moi avec ta tenue et mes baskets Nike.

Rien n’allait m’arrêter.

Et puis, paf : Première blessure, un bon « claquage » au mollet à 10 ans.

A cet âge là, on pourrait penser que ce type de blessure est impossible surtout en courant deux fois par semaine mais non.

Par la suite, les muscles de mes mollets m’ont toujours emmerdé à tel point que je devais parfois sauter des séances au club mais aussi d’EPS.

Je sentais qu’ils étaient à la limite de se déchirer sans rien faire de particulier de plus qu’un autre enfant de cet âge.

Mes rêves se sont envolés quand j’ai du renoncer à courir suite à deux enthésopathies aux ischio-jambiers non diagnostiquées à l’époque.

On m’a plutôt dit que j’avais une jambe plus longue que l’autre, mis des semelles que j’avais déjà pour deux belles épines calcanéennes…

Bref, on est passé à côté mais cela ne change pas le problème.

C’est alors que j’ai découvert la musculation et rapidement, c’était pour devenir monsieur Olympia.

Entre temps, vu les facilités nerveuses que j’avais pour la force, je pensais devenir le nouveau Ryan Kennelly au développé couché.

Champion de France à 17 ans de développé couché et de force athlétique. Ca démarrait bien.

Moins de 6 mois après, la force athlétique, c’était terminé : Un ménisque qui m’a laissé avec 6 mois d’arrêt au vu des connaissances de l’époque et un pec déchiré.

Je suis revenu avec mes rêves de Bodybuilding et je me suis tout déchiré.

Certes, je forçais plus que quiconque que je connaissais sur mes séries mais 18-20 ans, on ne se déchire pas facilement, surtout sans rien faire de particulier.

Je m’entraînais cinq ou six fois par semaine en moyenne, rien de fou pour un jeune de cet âge.

Tout y est passé comme j’explique dans ma newsletter sur www.rudycoia.com.

Cela m’a calmé, remis en question, m’a fait repenser ma façon de m’entraîner.

Convaincu que cela m’arrivait parce que je faisais les choses mal.

Je devais trop forcer, trop en faire mais pourtant, quand je comparais ce que je faisais avec autrui à la salle… Il n’y avait rien de choquant.

Je croyais qu’on se blessait parce qu’on agissait mal.

C’était difficile à croire avec le recul quand je vois l’attention millimétrée que j’accordais à mon alimentation, à mon sommeil, à mon entraînement.

Je m’investissais psychologiquement dix fois plus que les personnes que je côtoyais et qui pratiquaient.

Mais les blessures ne m’ont jamais lâchées.

Certes, je ne me suis plus déchiré de muscles mais j’ai enchainé différentes pathologies : Longs biceps pendant des années, enthésopathies de nouveau aux ischio-jambiers, tendon quadricipital depuis mes 17 ans, hernie discale qui a explosé en 2017…

Pour finalement découvrir en 2026 des malformations osseuses qui expliquent en bonne partie tout ce qui m’est arrivé sur le bas du corps : Entre les hanches et la cheville gauche, j’étais déjà condamné.

Si personne ne vous le dit, vous penserez que si vous n’arrivez pas à faire quelque chose, que vous rencontrez des galères, ce n’est pas normal.

Mais c’est parce que cette société met en avant ceux qui n’en ont pas ou si peu.

Toute ma vie n’a été que frustration quant à mes premiers rêves.

Très tôt, mon corps m’a fait sentir qu’il ne suivrait pas mon esprit, ma volonté, mes envies.

J’ai du m’adapter, ce que je continue de faire, et surtout avancer avec ce que je pouvais / peux réaliser.

Nous nous comparons sans arrêt à notre voisin comme si ses possibilités étaient les nôtres, nous déconnectant de nous-même, ignorant les signaux que nous envoient notre corps.

C’est comme pour l’alimentation.

Certains peuvent manger n’importe quoi, avoir une hygiène de vie déplorable et sont en meilleures formes, en apparence, que ceux et celles qui sont obligés de faire attention chaque jour pour bien récupérer, limiter leurs inflammations.

Est-ce que j’envie la première catégorie de personne ?

Pas un instant car tout mes problèmes, et encore aujourd’hui, je les accepte et surtout me permettent d’apprendre continuellement, d’être de plus en plus compétents.

Quand quelqu’un qui n’a jamais eu de blessures, mal quelque part m’explique comment ne pas avoir mal… Je passe mon chemin.

Parce qu’entre la théorie et la pratique, il y a bien souvent un monde.

On apprend par nos échecs et si on a l’état d’esprit que je détaillais au précédent article, alors on apprend.

Je sais que toute ma vie, mon corps me limitera et encore, ca va.

Certains sont moins bien lotis, ont eu des accidents ou sont moins bien nés.

Nous devons apprendre à vivre avec cette frustration.

Ce n’est pas parce que nous ferons que nous aurons.

Tout ce que nous pouvons, c’est agir et voir où ca mène.

La finalité ne dépend pas de nous mais est, comme je le pense, déjà écrite.

Le monde est injuste, uniquement si on se compare à autrui.

Sinon, c’est juste notre vie.

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