Inspiré d’un article de Val sur son compte instagram, je ne peux m’empêcher d’y penser.
Je me revois le lundi, pris dans Hybrid Analyse, tout excité à placer les photos dans la version Ebook avec Delvine ne se sentant pas bien à côté.
Comme c’était habituel au vu des traitements, je n’y ai pas prêté plus attention que cela.
J’ai fini ce que je faisais avant d’aller m’assoir avec elle attendant que ses parents viennent manger.
Evidemment, j’avais fait mon meilleur plat : Des steak hachés « Féroce » avec du riz et des légumes de saison au vitaliseur.
Puis elle est partie faire un tour avec ses parents parce que j’avais un Coaching Premium dans l’aprem.
Un aurevoir tout assez simple, rapide, sans y prêter plus d’attention que cela.
Elle devait rentrer à la maison sauf qu’elle n’est jamais rentrée.
Ma grand mère, décédée cet été, qui avait fait la préface de « The LeaderProject » et qui était la femme la plus cultivée que j’ai connu, me disait que vieillir, c’est faire le deuil de ses capacités.
Je l’avais vu décliner chaque année, petit à petit jusqu’à tant que son cœur s’arrête progressivement de fonctionner.
Mais elle ne m’avait pas prévenu que vieillir, c’était aussi faire le deuil d’autrui.
Nous savons tous que nous allons mourir un jour, que tout s’arrêtera mais nous mettons cela sous la table.
Nous évitons d’y penser comme Patrick hier, un verre de rouge à la main, qui avait rendez-vous ce jour pour qu’on lui pose des stents car une de ses artères est presque bouchée.
Quand c’est soi, on y est un peu préparé la majorité du temps.
Et puis, on peut oser imaginer que cela ne nous concerne que nous, notre propre personne, à tort.
On sent que le temps avance, quoi qu’on fasse, qu’on qu’en dise les pseudos âges biologiques calculés avec des algorithmes à la con.
Albert Jacquard, dans son livre, « Mon Utopie », rappelle deux définitions importantes :
1 – La définition de chacun inclut les autres.
2 – Nous sommes les liens que nous tissons.
Mais le pire, c’est pour ceux qui restent.
Bien sur, quand on arrive au bout, on prend conscience que c’est la fin, même si on ne sait pas comment ca va finir.
J’ai vu Delvine ne pas réussir à dormir, faire des crises d’angoisses, avoir des pertes de mémoires… notamment quand on a eu les résultats du dernier IRM.
Je pensais que c’était passager, comme des effets secondaires de la radiothérapie.
Je ne m’inquiétais pas plus que cela et comme à mon habitude, optimiste que je suis, je pensais qu’il y aurait une justice, un dénouement positif.
Si j’avais su, j’aurais fait différemment sauf que je ne pouvais pas le savoir.
J’imaginais que les traitements marcheraient, même sur une maladie récente.
Avec Delvine, on se disait que personne n’en savait rien, qu’il n’y avait pas assez de recul sur sa mutation.
Alors, on faisait des projets, on se projetait dans le futur, conscients que lorsque tu as des objectifs, ca te tient.
Mais je n’étais pas prêt à la perdre.
Je pensais que j’aurais de la chance, comme depuis toujours.
On ne m’avait pas dit que cela casserait quelque chose en moi.
C’est comme si j’avais perdu mon innocence, une partie de ma joie, que mon entrain s’était envolé.
Ayant atteint tous les objectifs qui me tenaient à cœur, c’était une seconde vie qui s’ouvrait à moi.
Comme je n’hésite pas à insister régulièrement : « Le bonheur ne vaut que s’il est partagé ».
Seul, c’est quand même moins drôle, encore moins quand tu as connu la vie à deux que tu avais toujours voulu.
C’est comme si une partie de moi s’était éteinte, était morte.
On dit qu’il faut laisser faire le temps mais je ne crois pas qu’on guérisse : A la rigueur, on peut moins y penser comme cela m’arrive quand je me garde occupé à écrire, lire, m’occuper de mes élèves.
Fabrice me demandait si je n’avais pas des envies de tout plaquer, de faire le tour du monde… Pour me retrouver encore plus seul ?
On ne sait jamais quand cela sera la dernière fois.
Quand nous sommes enfants, nous vivons dans l’instant présent. C’est le jeu perpétuel.
On ne se demande pas si on est heureux, si ça ne va pas.
Et même si on se fait mal, deux minutes plus tard, c’est oublié.
C’est la vie que mène ma bête diabolique chaque jour.
Des fois, il trébuche, il tombe, il se roule par terre mais l’instant d’après, c’est comme si rien n’était jamais arrivé.
C’est pour cela que j’avais enregistré un podcast sur LeaderCast à l’époque avec comme titre : « Bref, prenez un chien ».
Puis, adolescent et jeune adulte, nous vivons dans le futur.
Nous faisons tout pour un possible avenir glorieux.
Nous étudions jusqu’à obtenir un diplôme, nous nous appliquons à sacrifier notre présent.
Nous ne jouons plus car tout est devenu très sérieux : Il en va de notre vie.
Tout se joue en regard des efforts que nous ferons maintenant comme si, demain, nous ne pourrions plus faire d’efforts pour apprendre.
Du moins, c’est ce que nous pensons.
Puis, la vie nous rattrape.
On dit que l’on vieillit, je dirais que nous réouvrons les yeux.
Le futur prévu ne se réalise pas.
Nous nous rendons compte que nous courons après des objectifs futiles, qui n’ont aucun sens.
Nous travaillons toujours plus pour satisfaire des idéaux sociétaux que nous n’avons pas choisis mais qui nous ont été inculqués au plus profond de nous-même.
L’intérêt du présent refait surface : Est-ce que j’ai passé une bonne journée ?
Bien sur, la projection du futur ne disparait pas mais elle s’amenuise.
Elle devient un plus au présent.
Mais le plus difficile, c’est de ne pas être nostalgique, de vivre dans le passé.
Tous, nous modifions nos souvenirs d’adolescences pour affirmer que c’était mieux avant quand, naturellement, ce n’est pas vrai.
Le pire, c’est d’oublier le présent.
De vivre comme si demain était garanti, comme si ce n’était pas la dernière fois.
Car tout peut s’arrêter en un claquement de doigts.